Qui êtes-vous?

Qui suis-je?

A part ça, Actu à gauche traite de l'actualité, avec un penchant pour l'international et les Amériques, mais aussi des thématiques liées aux sciences sociales: un pari sur la mise en problématisation de l'actualité et de l'histoire.

Actu à gauche est ouvert aux propositions de collaboration, ici ou ailleurs, que ce soit pour approfondir des thèmes ou pour élargir les perspectives. Ce site est partenaire de Vos papiers!

mardi 16 novembre 2010

American Psycho en Afghanistan

Un sergent américain de 26 ans, Calvin Gibbs, passe actuellement en court-martiale pour avoir mené un "escadron de la mort" dans la province de Kandahar, en Afghanistan. Avec quatre camarades, il est accusé d'avoir tué au moins trois civils afghans pour s' "amuser" : sûrement un aficionado du sergent Barnes dans Platoon, le film d'O. Stone décrivant un espèce de Kurtz plongé au cœur des ténèbres du Vietnam et perdant les pédales.  Sept autres soldats sont accusés d'avoir participé à la dissimulation des meurtres.

Si l'on en croit l'accusation, Gibbs ne se contentait pas de profiter de la guerre pour assassiner des innocents: il conservait des "trophées" de ses exactions, à savoir des doigts coupés, des dents et des ossements. Il s'était sans doute cru super-homme des cavernes, avec son armement hypersophistiqué. Avec ses hommes, il se photographiait également en compagnie de ses victimes: Abou Ghraib, c'était de la blague, devait penser ce soldat, déployé une fois en Irak et deux fois en Afghanistan. Son avocat tente de faire passer ces meurtres pour des opérations de guerre. Mais note aussi que cinq mois après les faits, des témoins afghans d'un des villages où a eu lieu un meurtre n'ont toujours pas été interrogés. L'armée affirme qu'il s'agissait de protéger ses combattants, et qu'elle attend l'autorisation du général David Petraeus, en charge de la guerre en Afghanistan.

Un journaliste "embedded" dans son platoon était pourtant revenu trois jours après dans ce village de Kandahar, enregistrant des témoignages. L'armée américaine n'a pas essayé de mettre la main sur ces cassettes. Le Washington Post l'a fait: ils montrent des soldats tentant de convaincre les villageois que le prêtre Mullah Adahdad fut tué après leur avoir soi-disant jeté une grenade. L'enquête ultérieure de l'armée a établi que celui-ci fut froidement assassiné et l'attaque mise en scène. Le lieutenant Stefan Moye, en charge du platoon et présent ce sombre 2 mai 2010, affirme n'avoir pas assisté à l'exécution. Comme dans Platoon...


De manière étonnante, alors que l'affaire fait les titres de la presse outre-atlantique, il semble que seule l'AFP, repris par Le Monde, l'ait relayé en France (Meurtres délibérés d'Afghans: un soldat américain devant la justice aux USA, 9 nov. 2010).

Il s'agit pourtant davantage qu'un "fait divers". Non seulement Calvin Gibbs montre que la guerre construit des sergents Barnes dotés d'une cruauté qu'Oliver Stone n'avait pas imaginé, mais aussi que l'armée américaine a bien du mal à prévenir ces "bavures", lesquelles mettent en péril ses opérations. Certes, un procès a lieu - ce qui n'aurait peut-être pas été évident sous Bush. Mais le lieutenant S. Moye, responsable des opérations et présent sur place au moins le 2 mai, n'y ait entendu que comme témoin. Or, a minima, il est coupable de négligence, cet "escadron de la mort" barbare ayant mis plusieurs mois avant d'être détecté: les trois accusations de meurtre concernent le 15 janvier 2010, le 22 février et le 2 mai 2010.   

Or, selon le Daily Mail du 10 septembre, l'un des parents des accusés (un jeune homme de 22 ans), affirme avoir alerté l'armée, demandant une enquête, dès après le premier meurtre. Pris de remords, leur fils avait en effet envoyé sur Facebook un message de détresse, avant de leur dire le 25 janvier, par chat, que leur unité avait tué un paysan innocent. Selon le père, le jeune soldat avait déclaré que pratiquement tout le platoon était au courant, et qu'un autre meurtre était prémédité.

Or, selon le père de l'accusé, l'armée n'a pas enclenché d'enquête, qui aurait peut-être permis d'arrêter l'horreur au premier meurtre. Elle n'a commencé que lorsqu'un private première classe, qui avait été battu par ses camarades après avoir alerté la hiérarchie que ses collègues fumaient du haschich, déclara lors de l'enquête sur l'usage de stupéfiants que trois meurtres avait été commis. Faut-il comprendre que fumer des joints serait plus "dangereux" pour les opérations militaires, selon le Pentagone, que préméditer des meurtres et collectionner des trophées barbares?


Creative Commons License Merci d’éviter de reproduire cet article dans son intégralité sur d’autres sites Internet et de privilégier une redirection de vos lecteurs vers notre site et ce, afin de garantir la fiabilité des éléments de webliographie. Cliquez sur plus d'infos pour les liens de webliographie.

lundi 1 novembre 2010

Les papiers de Philip Agee, ex-espion de la CIA

La bibliothèque Tamiment de l'Université de New York a annoncé avoir acquis les papiers privés de Philip Agee (1935-2008), l'espion de la CIA qui quitta celle-ci en 1968 après près de vingt ans de bons et loyaux services. Auteur de Inside the Company: a CIA diary (1975), Agee est à l'origine d'une des fuites les plus importantes de l'histoire de l'agence de Langley. Ayant travaillé en Amérique latine, il s'exila à Cuba et donna le nom de plus de 2 000 personnes accusés d'être des espions américains, renvoyant Wikileaks au jardin d'enfants.

Ces papiers privés, qui fourniront une mine d'informations - les bouquins d'Agee étant des références incontournables pour tout historien de la CIA -, devraient être rendus publics par la bibliothèque Tamiment, spécialisée dans l'histoire de la gauche et des mouvements sociaux, en avril 2011.

Au même moment, Judicial Watch, un groupe conservateur, tente d'obtenir la déclassification d'enregistrements entre le président Bill Clinton et un ami historien, Taylor Branch, en déposant une requête au nom du Freedom of Information Act (FOIA) contre la National Archives and Record Administration.


Creative Commons License Merci d’éviter de reproduire cet article dans son intégralité sur d’autres sites Internet et de privilégier une redirection de vos lecteurs vers notre site et ce, afin de garantir la fiabilité des éléments de webliographie. Cliquez sur plus d'infos pour les liens de webliographie.